Combattre toutes les discriminations
Les discriminations ne sont ni des accidents ni des dérives individuelles. Elles sont le produit d’un système qui hiérarchise les vies et organise les inégalités. La philosophe Nancy Fraser montre qu’elles s’enracinent historiquement dans trois rapports de domination majeurs : le genre, la race et la classe. D’autres critères tout aussi structurants peuvent s’ajouter : l’état de santé, le handicap, le lieu de résidence ou encore la situation familiale, notamment la monoparentalité.
COMBATTRE TOUTES LES DISCRIMINATIONS
À Marseille, derrière l’image d’une ville cosmopolite, les discriminations restent bien présentes au quotidien, notamment à l’échelle territoriale. Comme dans d’autres grandes villes, les logiques du marché immobilier et les inégalités alimentent une forte ségrégation, renforcée par un traitement inégal des services publics. Des rues nettoyées chaque jour dans le 8e arrondissement, tandis que d’autres quartiers attendent des semaines l’enlèvement des encombrants ; des transports concentrés en centre-ville, quand les logements sociaux sont massivement relégués dans les quartiers Nord, notamment dans le 15e arrondissement (45 %), contre moins de 5 % dans le 6e.
Les discriminations s’expriment aussi par des violences de traitement. Selon une étude du ministère de l’Intérieur de 2024, elles sont difficiles à mesurer, car très peu de victimes portent plainte : en France, seuls 6 % des femmes exposées à des violences engagent des démarches judiciaires. Pourtant, les faits sont là : discriminations à l’emploi, au logement, dans l’orientation scolaire ou universitaire. Elles ont aussi pris la forme d’actes publics de haine à Marseille, comme ces inscriptions « Mort aux Arabes » taguées sur la porte d’un bâtiment public en 2025, ou cette banderole « Qu’ils retournent en Afrique » déployée en plein concert de soutien à l’association SOS Méditerranée en 2024.
Enfin, à cela s’ajoute une invisibilisation politique massive. Les personnes concernées sont peu écoutées et rarement représentées dans les lieux de pouvoir, tandis que leurs colères sont étouffées par peur de « diviser ». Mais on ne peut pas « recoudre » une ville fracturée jusqu’à l’os par le silence ou le consensus mou.
Au contraire, ces injustices doivent être nommées, débattues et tranchées. C’est notre vision de la politique : assumer le conflit, et le dépasser pour construire des solutions justes et durables. Et si nous sommes confiants dans cette transformation, c’est parce que Marseille s’est toujours construite dans la diversité. Fondée par des Grecs, façonnée par des populations venues d’Europe du Sud, du Maghreb, et des Comores : la ville s’est développée par les migrations. Son économie, sa culture et ses services publics reposent sur cette pluralité. Elle est aussi générationnelle : près de 20 % des habitant·es ont entre 15 et 29 ans et autant plus de 60 ans (INSEE). Marseille doit donc mener des politiques adaptées à tous les âges, du logement aux transports, en garantissant une accessibilité physique et financière.
La lutte contre les discriminations sera au cœur de notre action municipale. La mairie assumera pleinement son rôle en rompant d’abord avec le déni : reconnaître les injustices et les rendre visibles. Cette ambition implique également des actions concrètes, en redistribuant les moyens publics, et en corrigeant les inégalités sociales et territoriales. Enfin, les politiques municipales seront adaptées aux réalités vécues, selon l’âge, le genre, l’origine, la situation sociale et familiale ou l’état de santé, afin de garantir une égalité réelle des droits.
1. Discriminations
Les discriminations touchent tous les domaines de la vie quotidienne, et se manifestent sous plusieurs formes. Elles peuvent être des violences directes, comme des agressions physiques ou des humiliations verbales ; des violences symboliques, lorsque des propos ou des stéréotypes banalisent un traitement inégalitaire ; et des violences sociales, qui contraignent à adapter constamment son comportement pour se protéger de nouvelles discriminations.
À Marseille, ces réalités sont particulièrement visibles. Elles s’expriment d’abord à l’échelle territoriale, dans une ville profondément structurée par une répartition inégale des richesses, des services publics et des opportunités selon les quartiers. Au nord de la ville, l’accès à la culture, aux soins ou aux transports demeure limité, et dans les quartiers populaires, les discriminations sont quotidiennes : contrôles au faciès, agressions, refus de logement ou d’emploi. Ces mécanismes se cumulent et se renforcent mutuellement : une discrimination en entraîne souvent une autre, et enferme durablement les personnes concernées dans des parcours d’exclusion.
La liste Marseille Fière et Populaire ne considère pas la lutte contre les discriminations comme une simple exigence morale, mais comme un projet de société concret, en rupture avec les structures qui reproduisent l’exploitation des femmes, des minorités de genre et des populations racisées. Notre action municipale reposera sur des principes clairs : visibiliser les discriminations, agir sur les mentalités, renforcer les acteurs de terrain et garantir une mairie accessible et engagée auprès des personnes concernées.
Il est essentiel de comprendre les mécanismes de discrimination qui traversent notre ville. Racisme, sexisme, LGBTIphobie, ou validisme relèvent de logiques systémiques : nous y sommes collectivement confrontés, et les reconnaître est une condition indispensable pour les combattre. Cela suppose de dresser un état des lieux précis des discriminations à Marseille, de sensibiliser l’ensemble des acteur.rices concernés et de co-construire, ensemble, les conditions d’un véritable vivre-ensemble.
Mesurer et visibiliser les discriminations et mieux protéger les victimes à l’échelle municipale, en créant un Observatoire municipal des discriminations. En lien étroit avec les associations, collectifs et chercheur·euses, et placé sous la responsabilité d’un·e adjoint·e, il s’organisera autour de quatre pôles (handicap, sexisme, racisme, LGBTI), chacun disposant d’un lieu d’accueil, d’une permanence juridique gratuite et d’un numéro vert pour le signalement et l’accompagnement des victimes. Complémentaire de la Maison départementale de lutte contre les discriminations, l’Observatoire aura une mission locale d’analyse, de dialogue avec les acteur·rices et d’orientation des politiques municipales.
Garantir un service public municipal exemplaire face aux discriminations, en désignant un·e référent·e dans chaque service de la mairie. Il sera chargé du recueil des signalements en lien avec l’Observatoire, d’actions de sensibilisation, de l’amélioration de l’accueil des victimes et de l’évolution des pratiques de recrutement (CV anonymes, grilles d’évaluation communes, formation des recruteur·rices).
Rendre visibles et combattre les discriminations dans l’espace public en lançant, avec les associations, des campagnes publiques de lutte. Elles combineront affichages et événements lors des temps forts (8 mars, 21 mars, mois des fiertés, 25 novembre, etc.). Ces campagnes informeront sur les droits, relaieront le numéro vert de l’Observatoire, et recueilleront des témoignages pour orienter l’action municipale.
Reconnaître et transmettre l’histoire des luttes féministes, antiracistes, LGBTQIA+ et résistantes dans l’espace public. Renforcer le travail de mémoire, et soutenir la création d’un fonds d’archives dédié (voir section “exemples locaux”).
Soutenir concrètement les victimes de discriminations, en constituant la municipalité partie civile aux côtés de toute victime déposant plainte pour discrimination. La Ville pourra s’associer aux procédures, suivre les procès et demander réparation aux côtés des personnes concernées.
Faire de la lutte contre les discriminations une politique municipale transversale, en déployant des actions de sensibilisation dans tous les lieux et événements municipaux. Soutenir les interventions d’associations féministes, antiracistes et LGBTQIA+, et une programmation culturelle engagée dans tous les quartiers. Soutenir les enseignant·es dans la mise en œuvre d’actions d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle : promouvoir le respect de toutes les identités et intégrer pleinement les enjeux liés au consentement.
Touchant plus de la moitié de l’humanité depuis des siècles, le sexisme est l’un des systèmes de domination les plus répandus et structurants de nos sociétés. Malgré les conquêtes féministes, l’oppression patriarcale demeure une réalité quotidienne : injonctions sociales, violences sexistes et sexuelles, féminicides, impunité des agresseurs, etc. Les droits durement conquis doivent être protégés et appliqués. À l’échelle municipale, lutter contre le sexisme consiste à agir sur les mécanismes patriarcaux afin de permettre aux femmes et aux minorités de genre d’occuper librement et en sécurité l’espace public, et d’exercer pleinement leurs choix de vie et de carrière.
Réduire concrètement les inégalités femmes-hommes dans les politiques municipales, par la mise en place d’un budget sensible au genre. Cela permettra d’évaluer concrètement l’impact des choix budgétaires sur les femmes et les hommes, et d’orienter les investissements vers la réduction des inégalités, en particulier dans les quartiers populaires. Cette méthode a déjà fait ses preuves à Lyon, Nantes ou Paris.
Garantir l’égalité professionnelle et les droits des femmes dans les services municipaux et chez les partenaires de la Ville. Renforcer la représentation des femmes à tous les niveaux, notamment par la parité dans les postes de direction, l’amélioration des conditions de travail et la mise en place d’un congé menstruel. La Ville conditionnera les subventions allouées à ses partenaires au respect des obligations légales en matière d’égalité femmes-hommes.
Donner aux mouvements féministes des moyens d’action pérennes et visibles en soutenant la création d’un centre féministe. Il sera mis à disposition des associations et collectifs pour se réunir, s’organiser, informer et agir. Il accueillera des actions de prévention, de santé et d’orientation, en lien avec le Planning familial, la Maison des femmes et les structures de dépistage. Il garantira, entre autres, l’accès à des protections menstruelles gratuites et sera en lien avec l’Observatoire municipal (voir mesure 297). La Ville soutiendra également les mobilisations du 8 mars en sécurisant les espaces publics et en finançant événements et initiatives, afin d’en faire une véritable journée de lutte féministe à Marseille.
Mieux protéger et accompagner les victimes de violences sexistes et sexuelles, en renforçant leur accueil. Développer l’hébergement d’urgence et prioriser leur accès au logement social, en lien avec les bailleurs. Créer un guichet unique au sein de l’Observatoire pour coordonner l’accompagnement avec les associations et les forces de l’ordre, afin qu’aucune victime ne soit laissée sans solution.
Faire de l’espace public et des équipements municipaux des lieux sûrs, inclusifs et accessibles. Intégrer partout des exigences de sécurité, de confort et d’accessibilité (éclairage, sanitaires dignes avec protections menstruelles, participation des femmes aux projets urbains, meilleure visibilité dans les noms de rues) et renforcer l’accès des femmes à tous les équipements municipaux, notamment sportifs. (voir chapitre 2, section sport, axe 3).
Marseille a été, au XXe siècle, un haut lieu des luttes anticoloniales et de la Résistance. Aujourd’hui encore, la ville est marquée par une grande diversité culturelle, mais aussi par des inégalités sociales et des formes persistente de racisme structurel, dont l’islamophobie et l’antisémitisme. Lutter contre le racisme implique d’agir sur les héritages historiques et les pratiques institutionnelles qui entretiennent ces inégalités, afin de garantir l’égalité réelle des droits à tous·tes, quelque soit notre origine.
Garantir l’égalité d’accès au logement et lutter contre toutes les discriminations résidentielles. Dans le logement social, soutenir l’anonymisation partielle des dossiers (nom, adresse actuelle), publier une grille publique d’évaluation, sensibiliser les bailleurs et les membres des commissions d’attribution à la lutte contre les discriminations, et assurer la traçabilité de leurs décisions. Dans le parc privé, mettre en place des dispositifs de médiation et d’accompagnement, en lien avec le comité populaire de l’habitat (voir chapitre 2, mesure 51) et l’Observatoire des discriminations.
Combattre l’anti-tsiganisme au sein des institutions, en garantissant le respect des droits fondamentaux des voyageurs. Aires d’accueil dignes, accès aux services essentiels, fin des expulsions sans solution de relogement sont des obligations légales. Éxiger que la Métropole applique enfin le schéma départemental, tandis que la Ville s’engagera pleinement sur le foncier et la concertation locale afin de garantir un accueil organisé et apaisé.
Garantir la laïcité et lutter contre son instrumentalisation. La Ville de Marseille veillera : à l’accès équitable aux salles municipales pour les cérémonies civiles ou religieuses, à ne pas faire obstacle par principe aux demandes de permis de construire des lieux de culte conformes à la loi, à la liberté d’association, et à la neutralité des édifices publics, conformément à la loi de 1905.
Reconnaître et transmettre l’histoire coloniale et migratoire de Marseille.Soutenir la recherche et les initiatives associatives, et porter l’ambition de créer un musée dédié. En lien avec l’Université Aix-Marseille et les acteur.ices concerné.es, organiser un sommet « Marseille décoloniale 2030 » à l’occasion des 200 ans de la colonisation de l’Algérie.
Donner des moyens durables à la lutte contre le racisme, en soutenant la création d’un centre antiraciste. Il sera mis à disposition des associations et collectifs pour se réunir, s’organiser et mener des actions. Il accueillera également le public pour l’informer et l’orienter, notamment sur l’accès aux droits, à l’emploi et au logement.
Marseille porte une histoire forte des luttes LGBTQIA+. Ville portuaire marquée par les migrations et les mouvements populaires, elle a vu émerger dès les années 1970 des collectifs militants et une culture queer vivante, liée aux luttes féministes et antiracistes. Malgré cet héritage et l’action décisive des associations, notamment durant la crise du sida, les violences et discriminations LGBTIphobes restent nombreuses. Une politique municipale doit reconnaître cette histoire et transformer les représentations, pour que toutes les identités soient pleinement protégées et valorisées.
Protéger les personnes LGBTI les plus vulnérables et sécuriser les parcours, en augmentant les places d’hébergement pour les personnes LGBTI en rupture familiale. Renforcer l’accueil dans les CCAS et les centres d’hébergement en formant les équipes et en développant des espaces inclusifs avec les associations LGBTQIA+.
Soutenir la culture, la mémoire et les luttes LGBTIQIA+. Accompagner le mois des Fiertés, soutenir les associations locales dans l’organisation logistique et la sécurisation des événements, et garantir la présence des élu·es. Inscrire l’histoire des communautés LGBTIQIA+ dans l’espace public, notamment par des hommages aux personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Lutter contre les LGBTIphobies et rendre visibles les droits et les recours. Déployer des campagnes de sensibilisation dans l’espace public et les transports, présentant les différentes formes de LGBTIphobies, les moyens d’y réagir et le numéro vert de l’Observatoire des discriminations sur chaque support.
Garantir l’accès aux droits et la continuité administrative des personnes trans et intersexes. Mettre en place une permanence juridique pour accompagner les changements d’état civil et faciliter les démarches auprès de la Sécurité sociale et des caisses de retraite.
Reconnaître pleinement les identités et les parcours LGBTI dans l’action municipale. Faire de la mairie un acteur de l’accompagnement des transitions de genre, notamment via les dispensaires municipaux, en assumant la responsabilité des actes médicaux liés à la transition. Garantir au sein des services municipaux le respect du prénom et des pronoms d’usage, la prise en compte de la non-binarité et la reconnaissance des parentalités LGBTI, tout en menant un combat au niveau national pour leur pleine reconnaissance administrative.
L’accessibilité est un droit fondamental, inscrit dans la loi de 2005, pourtant encore largement bafoué à Marseille. Pour beaucoup de personnes en situation de handicap, se déplacer, aller à l’école, voter, ou accéder aux soins reste difficile, parfois impossible. La ville accuse un retard massif : seuls 15 % des bâtiments soumis à obligation d’accessibilité étaient conformes fin 2022.
Faire de Marseille une ville 100 % accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR) et usager·es en fauteuil roulant (UFR). Déployer un plan massif d’accessibilité universelle couvrant l’espace public, les transports, les bâtiments municipaux (écoles, crèches, centres sociaux, etc.) et les événements municipaux (festivals, concerts, conseils municipaux). Partager un calendrier public de mise aux normes et associer les personnes concernées au déploiement de ce plan.
Garantir des règles claires et contrôlées pour renforcer l’accessibilité.L’imposer dans toutes les nouvelles constructions via le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), et rendre la Commission Communale d’Accessibilité Universelle pleinement transparente (avancement, budgets, dérogations), en lien avec les associations.
Assurer une mobilité réellement inclusive, en reprenant en régie publique le transport à la demande, accessible sur l’ensemble du territoire métropolitain et réservable jusqu’à deux heures avant. Augmenter les places PMR dans chaque quartier, et systématiser la verbalisation en cas d’occupation illégale et de stationnement gênant la circulation des fauteuils et poussettes par l’augmentation des contrôles : les recettes issues de ces verbalisations financeront exclusivement des travaux d’accessibilité.
Lutter contre le validisme par une campagne municipale de sensibilisation de l’ensemble des acteur∙rices, dont les agent·es et élu·es (y compris la police et les personnels soignants). L’objectif est d’améliorer l’accueil, l’inclusion et le respect des droits des personnes handicapées : guichets et zones d’accueil apaisés, information et communication claires.
Soutenir durablement les associations de terrain par des subventions stables, la mise à disposition de locaux municipaux, et une coordination régulière entre associations, écoles, instituts médico-éducatifs et familles. Cela permettra de construire des parcours d’accompagnement continus, d’éviter les ruptures de droits et de sécuriser les transitions vers la scolarisation ordinaire ou les structures pour adultes.
Faciliter l’accès aux droits et aux soins, en créant au sein de l’Observatoire des discriminations un service municipal dédié à l’accompagnement des démarches de la Maison Départementale des personnes handicapées (MDPH). Il combinera permanences locales, aide aux dossiers, suivi des délais et plateforme numérique « Parcours Handicap Marseille » sur l’application Marseille ma ville, afin de sécuriser l’accès aux soins et aux droits.
Exiger de l’État plus d’accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH) (voir chapitre 2, mesure 99).
2. Enfance, parentalité, jeunesse, grand âge
À Marseille, les inégalités se construisent, s’accumulent et se transmettent tout au long de la vie. Dès la petite enfance, l’accès aux modes de garde, à des écoles en bon état, ou à des espaces de jeu dépend trop souvent du quartier où l’on naît. La parentalité, en particulier pour les familles modestes et monoparentales, se vit dans la débrouille, la fatigue et l’isolement, faute de solutions accessibles et adaptées. Plus tard, de nombreux jeunes se retrouvent sans repères ni accompagnement, confrontés à la précarité et à l’absence de perspectives. Enfin, le vieillissement accentue encore les fractures territoriales : logements inadaptés, isolement social, accès inégal aux soins, avec une espérance de vie plus courte dans les quartiers populaires.
Cette situation n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques qui ont trop longtemps laissé les âges de la vie au marché, à la famille ou au bénévolat. À Marseille, près d’un·e habitant·e sur cinq a moins de 30 ans et autant plus de 60 ans : la ville est à la fois jeune et vieillissante, diverse dans ses parcours et ses besoins, tandis que les politiques publiques restent inadaptées et inégalitaires selon les territoires.
Répondre à ces enjeux, c’est affirmer une ambition claire : garantir à tous·tes, à chaque étape de la vie, des conditions d’existence dignes et des services publics accessibles. Faire de la petite enfance, de la parentalité, de la jeunesse et du grand âge des priorités politiques, c’est assurer une protection réelle tout au long de la vie.
À Marseille, élever un enfant est devenu un parcours d’obstacles. Manque de places en crèche, coût de la garde, et fortes inégalités entre quartiers pèsent lourdement sur les familles. Trop souvent, les parents sont laissés seuls face à des services saturés, tandis que les professionnel·les manquent de reconnaissance et de moyens. Pourtant, tout se joue dès les premières années. Combattre les inégalités dès l’enfance, c’est garantir à chacun·e les mêmes chances de bien grandir et de s’émanciper.
Garantir à toutes les familles un accès effectif et abordable à un mode de garde, en priorité dans les quartiers populaires. La municipalité développera des crèches municipales, soutiendra les crèches associatives et conventionnées. Elle mettra en place une aide municipale réduisant le reste à charge des familles, notamment modestes et monoparentales, tout en revalorisant les métiers de la petite enfance, en particulier celui d’assistante maternelle.
Rendre l’accès aux crèches plus juste, lisible et rapide, par la mise en place d’un guichet unique d’attribution des places via l’application Marseille ma ville (voir chapitre 1, mesure 4). Les parents auront également une place au conseil d’administration des crèches.
Soutenir et reconnaître le rôle des parents, en renforçant dans les centres sociaux, des espaces de parentalité ouverts et gratuits. Ils permettront de s’informer, d’être accompagnés et d’approfondir le lien parent-enfant. Ces temps seront aussi des lieux de démocratie locale, avec la création d’un Conseil des mères et des pères pour échanger sur l’école, la parentalité, la sécurité et les politiques publiques, en présence d’un·e élu·e municipal·e.
Faire de l’enfant une priorité transversale de l’action municipale, en créant un comité populaire dédié aux droits de l’enfant (voir chapitre 1, mesure 8), à vocation transversale (urbanisme, éducation, santé, culture, sécurité). Il sera chargé de rendre un avis obligatoire sur tout projet impactant les enfants, et de piloter une feuille de route garantissant leur prise en compte effective dans toutes les politiques publiques.
Prévenir et lutter contre les violences faites aux enfants en instaurant un protocole municipal de prévention et de signalement. En lien avec les écoles, les services sociaux et les associations, des référent·es seront identifié·es par quartier, et des actions de sensibilisation sur les violences éducatives, sexuelles, le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement seront déployées, avec une information claire à destination des parents
À Marseille, la monoparentalité est une réalité massive et pourtant largement ignorée. Près de 40 % des familles sont monoparentales, le plus souvent des femmes seules avec enfants. Malgré cela, la ville accuse un retard profond en matière de politique familiale : manque de crèches adaptées, de réseaux de soutien, et de transports. Cette carence frappe de plein fouet les familles monoparentales, dont une sur deux vit sous le seuil de pauvreté à Marseille. Revenus plus faibles, emplois précaires, coût du logement et de la garde : tout s’accumule. Reconnaître la monoparentalité et agir concrètement pour sécuriser les parcours de vie est une urgence sociale et une responsabilité politique.
Reconnaître et soutenir concrètement les familles monoparentales par la mise en place d’une carte municipale. Délivrée par le CCAS sur la base d’une définition large, elle ouvrira des droits prioritaires et des tarifs réduits pour : l’accès aux crèches, cantines, périscolaire, logement social (à la location et à l’achat), centres de santé municipaux, solutions de garde, ainsi qu’aux transports, à la culture et au sport.
Rendre la fiscalité municipale plus juste pour les parents isolé·es.Exclure la pension alimentaire du calcul du quotient familial municipal, afin de ne plus pénaliser les familles monoparentales dans l’accès aux services et aux tarifs sociaux.
Garantir un véritable droit au répit parental, en développant des temps et des solutions de relais pour soulager le quotidien ou les parents malades : accès prioritaire à l’aide aux devoirs, périscolaire jusqu’à 18h30, gratuité lors des événements municipaux, organisation de séjours de répit et prise en charge d’heures de ménage pour les familles les plus en difficulté.
Rompre l’isolement des parents solos et de leurs enfants, en créant des espaces municipaux d’écoute, de soutien et d’entraide. Situés dans les centres sociaux et les équipements de proximité, ils seront animés par des professionnel·les formé·es pour orienter vers les aides, services et ressources locales. À plus long terme, renforcer les dispositifs de santé à destination des familles monoparentales (voir chapitre 2, section santé).
Rendre les droits et ressources lisibles et accessibles, en créant un guide municipal de la monoparentalité. Disponible sur l’application Marseille ma ville (voir chapitre 1, mesure 4) et en version papier, il recensera : droits, aides, solutions de garde, et facilitera l’entraide entre habitant·es.
À Marseille, trop de jeunes cumulent les difficultés : fins d’études sans débouchés, logements inaccessibles, obstacles à l’accès aux soins, à l’alimentation ou à la mobilité, et solitude face aux démarches et à l’avenir. Hors des cadres scolaires, beaucoup se retrouvent sans accompagnement ni repères, en particulier dans les quartiers populaires. Faire de la jeunesse une priorité municipale, c’est garantir à chaque jeune un soutien concret pour ne pas décrocher et pouvoir construire son avenir à Marseille.
Garantir un logement étudiant public et digne. Développer les logements CROUS et municipaux, réquisitionner les logements vacants pour du logement étudiant social et rénover les logements indignes et passoires thermiques (voir chapitre 2). Créer une cartographie publique du logement étudiant et des aides disponibles sur l’application Marseille ma ville pour plus de lisibilité et de transparence.
Assurer l’autonomie financière des jeunes, en instaurant la gratuité des transports pour les moins de 26 ans. Renforcer les aides au permis et assurer une bourse municipale complémentaire pour les étudiant·es les plus précaires, y compris étranger·es. Étendre les repas à 1 € toute l’année et développer les épiceries solidaires étudiantes.
Déployer un dispositif municipal de santé mentale pour les 18–25 ans.Créer des lieux d’écoute et de consultations psychologiques gratuits, sans condition ni rendez-vous, en lien avec les universités, missions locales et associations, pour prévenir l’isolement et les ruptures de parcours.
Reconnaître les jeunes comme des acteurs politiques et sociaux à part entière, en créant un comité populaire jeunesse (voir chapitre 1, mesure 8). Doté de pouvoirs concrets, il associera des jeunes de 16 à 25 ans de tous les quartiers pour co-construire les politiques municipales et décider d’une part du budget de la Ville. Soutenir l’engagement associatif et syndical des jeunes par la mise à disposition de locaux gratuits et pérennes, et par un soutien financier renforcé aux projets éducatifs, culturels, citoyens et solidaires portés par la jeunesse.
Renforcer l’aide municipale de proximité dédiée à l’orientation des jeunes, en complémentarité avec l’action de la Mission locale. Au sein de la filière municipale des animateur·ices, des référent·es joueront un rôle de relais et d’accompagnement de premier niveau, en lien avec les acteur.ices existants, pour soutenir les jeunes dans leurs parcours de vie et d’emploi, prévenir les situations d’errance et rompre l’isolement.
À Marseille, près d’un quart de la population a plus de 60 ans, et son vieillissement accentue les inégalités entre les quartiers. De nombreux seniors vivent seuls, dans des logements inadaptés, mal desservis et éloignés des services essentiels, en particulier dans les quartiers Nord. L’accès aux soins reste inégal et, faute d’un véritable service public du grand âge, la prise en charge repose largement sur le marché. Cette situation fragilise l’autonomie des aîné·es et renforce l’isolement. Face à ces enjeux, la Ville doit faire du « bien vieillir » un droit, en plaçant les seniors au cœur des politiques publiques, en garantissant la mobilité, un logement adapté, la lutte contre l’isolement et le soutien aux aidant·es.
Redonner toute leur place aux aîné·es dans les politiques publiques, en créant un comité populaire senior (voir chapitre 1, mesure 8). Il réunira personnes concernées, associations, chercheur·euses et acteurs de la santé. Il sera chargé de co-construire et suivre des politiques publiques de proximité, transversales et favorisant le lien intergénérationnel.
Rendre la ville plus accessible aux aîné·es, en adaptant l’espace public et les transports à leurs besoins (voir chapitre 4, mesure 319).
Rompre avec l’isolement, renforcer l’entraide et faciliter l’accès au logement des seniors. Développer le logement intergénérationnel, et les colocations solidaires entre seniors et jeunes. La Ville intégrera cette orientation au PLUi, la favorisera sur le foncier et le bâti publics, et s’appuiera sur des acteur·ices spécialisé.es qu’elle mettra en lien avec ceux du logement.
Renforcer le lien intergénérationnel au niveau de chaque secteur.En faire une politique à part entière, fondée sur la transmission, l’entraide et la complémentarité des âges, en facilitant les liens entre aîné.es, associations, écoles et crèches à travers des activités intergénérationnelles comme les visites, le soutien scolaire ou les repas partagés.
Rompre avec la marchandisation du grand âge et garantir un accompagnement digne. Créer des résidences municipales gérées par des associations ou des coopératives plutôt que par des groupes privés à but lucratif, garantissant des conditions dignes pour les résident·es comme pour les salarié·es, des tarifs encadrés et un accompagnement de qualité, en priorité dans les quartiers populaires.
Lutter contre l’exclusion numérique des seniors. Proposer, dans les mairies de secteur et les centres sociaux, un accompagnement humain à la connexion, à l’équipement et aux usages numériques. Renforcer l’accès aux droits, avec un appui spécifique pour l’utilisation de l’application Marseille ma ville.
Reconnaître et soutenir concrètement les aidant·es dans leur quotidien,en leur donnant accès à des droits effectifs : tarifs réduits pour les activités municipales, les transports, et accompagnement personnalisé pour prévenir l’épuisement.
3. Accueil et solidarité
Marseille, ville ouverte sur la Méditerranée, est une « ville-carrefour » façonnée depuis 2 600 ans par les migrations. Terre d’accueil des communautés arménienne, italienne, maghrébine, comorienne ou subsaharienne, elle incarne une France diverse et créolisée. Fidèle à cette histoire, Marseille doit réaffirmer que l’accueil est une richesse : personne ne quitte son pays par confort, mais par nécessité, et l’immigration contribue pleinement à la vie économique et culturelle de la ville. Alors que la Méditerranée est devenue un cimetière à ciel ouvert, avec 2 452 morts en 2024, garantir un accueil digne est une exigence humaine et politique.
Cette exigence concerne celles et ceux qui arrivent à Marseille, mais aussi celles et ceux qui y vivent déjà et basculent dans la précarité. La ville est frappée par une pauvreté profonde : les loyers, l’énergie et les produits du quotidien augmentent tandis que les revenus stagnent. Or la pauvreté ne se limite pas au manque d’argent : elle prive aussi de droits essentiels. Si une municipalité ne peut agir seule sur les causes structurelles, elle a le devoir de répondre à l’urgence et de garantir à chacun·e le minimum vital.
Nous voulons faire de Marseille une ville fidèle à son histoire, qui accueille et assure l’accès aux droits fondamentaux, pour que personne, habitant·e, exilé·e ou personne de passage, ne soit laissé à la misère.
À Marseille, la précarité se lit dans le quotidien : files d’attente pour l’aide alimentaire, logements indignes, coupures d’électricité et renoncements aux soins. Elle s’enracine dans des inégalités territoriales profondes et dans l’effondrement des services publics de proximité, particulièrement dans les quartiers populaires. Trop souvent, la pauvreté est invisibilisée ou réduite à une gestion de l’urgence, alors qu’elle façonne durablement le quotidien de milliers de personnes. Si la mairie ne peut agir seule sur toutes les causes structurelles, elle a la responsabilité de garantir à chacun·e l’accès aux besoins essentiels : manger, se laver, se soigner, avoir un toit et de l’électricité.
Assurer l’accès universel à l’eau, à l’hygiène et aux infrastructures essentielles en finalisant et publiant le diagnostic légal sur l’eau. Installer des points d’eau potable et des fontaines sur tout le territoire, et déployer un véritable service d’hygiène publique.
Assurer le droit à une alimentation saine et accessible. Soutenir et développer les épiceries sociales par des subventions, organiser des repas populaires en lien avec les associations de cuisine et les cantines scolaires existantes. Une fois les cuisines de secteur construites, étudier la possibilité de créer des restaurants populaires municipaux.
Garantir à chacun·e le minimum vital. Prendre des arrêtés municipaux d’interdiction des coupures d’eau et d’énergies. Soutenir avec les associations la distribution de colis alimentaires et de vêtements, et expérimenter un revenu municipal garanti permettant de compléter les revenus des ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté monétaire (50 % du revenu médian).
Garantir l’hébergement et la dignité des personnes sans-abri.Assurer le droit à la domiciliation, recenser les besoins réels et développer des solutions d’hébergement municipal, avec l’ouverture immédiate de gymnases chauffés en cas d’urgence et la réquisition de logements vacants. Déployer un service de bagagerie et refuser toute politique hostile aux personnes sans domicile (arrêtés anti-mendicité, mobiliers anti-SDF).
Renforcer l’hébergement d’urgence associatif, en soutenant financièrement les lieux d’accueil solidaires et les squats, notamment par la prise en charge de certains coûts et la sécurisation des occupant·es via des conventions avec la Ville.
Faciliter l’accès aux droits dans tous les quartiers (chapitre 1, mesure 4 et 5).
À Marseille, des milliers de personnes vivent sans droits fondamentaux parce qu’elles n’ont pas de papiers : difficultés d’accès au logement, à la santé, à l’école, ou même à un simple refuge. Cette situation est encore plus dramatique pour les mineur·es isolés, souvent laissés à la rue en violation de la Convention des droits de l’enfant, tandis que le Département renonce à ses obligations en matière de protection. Face à ces manquements, la Ville ne peut pas rester spectatrice. Nous affirmons un principe simple : toute personne présente à Marseille doit être accueillie dignement et pouvoir accéder aux droits essentiels. Notre municipalité mettra en place une politique d’hospitalité assumée, protectrice et organisée.
Garantir l’accès effectif aux droits et aux services municipaux pour tous·tes, en créant une carte d’identité municipale. Avec photo, elle fera office de preuve de domiciliation et facilitera l’accès aux services publics (bibliothèques, transports, équipements municipaux). Développer les parrainages républicains, permettant à des citoyen·nes ou des élu·es d’accompagner les personnes sans papiers dans leurs démarches et leur parcours d’intégration.
Aucun·e migrant·e à la rue. Agir avec l’État et le Département pour qu’aucun·e migrant·e ne dorme dehors : se porter commune volontaire à l’accueil. Mettre des bâtiments municipaux à disposition pour l’hébergement d’urgence et renforcer la coordination des acteur∙ices.
Renforcer l’accompagnement social et administratif des nouveaux arrivant·es. Améliorer les dispositifs d’accès aux droits en recrutant des interprètes et en formant tous les agent·es municipaux aux enjeux migratoires. Développer des actions d’accompagnement (cours de français, aide administrative, soutien à la parentalité, ateliers socio-éducatifs) et soutenir les projets solidaires portés avec les personnes migrantes.
Scolariser de façon inconditionnelle tous les enfants, sans condition de statut administratif, dans les écoles de la ville, conformément au principe d’égalité d’accès à l’éducation.
Organiser un accueil digne et coordonné des personnes arrivant à Marseille, en créant une Maison de l’Hospitalité. Elle permettra d’orienter, informer et accompagner les nouveaux arrivant·es : lieu de repos, d’hébergement d’urgence, d’information fiable et d’accompagnement juridique (notamment en droit des étrangers). Ouverte aux associations, elle accueillera ateliers collectifs et initiatives culturelles, assurera le lien avec le 115 et les maraudes, et mettra à disposition une base publique des places d’hébergement disponibles et des délais d’attente.
Faire de Marseille une ville sanctuaire. Adhérer au réseau européen des villes sanctuaires et renforcer la participation de Marseille à l’Association nationale des Villes et Territoires Accueillants (ANVITA), afin de défendre une politique d’hospitalité et d’intégration. La ville accueillera également des exilé·es politiques engagés dans les luttes anticoloniales, anti-impérialistes ou émancipatrices.
Le tourisme est souvent perçu comme un atout pour Marseille, mais les choix politiques de ces dernières décennies ont favorisé un sur-tourisme qui abîme la ville : croisières massives, explosion d’Airbnb, gentrification, grands événements déconnectés des besoins locaux. Nous défendons une ville populaire où chacun·e a droit à la ville et où l’accueil ne se limite pas aux touristes. Marseille reçoit chaque jour autant d’étudiant·es, travailleur·euses, migrant·es ou marin·es que de visiteur·euses : il faut donc passer d’une gestion du tourisme à une véritable politique d’hospitalité, comme le plaide le collectif Marseille Hospitalités. Faire de Marseille une ville accueillante et digne pour tous·tes, conciliant attractivité, justice sociale et sobriété écologique.
Maîtriser le développement touristique afin de préserver la ville et ses habitant·es. Réguler le sur-tourisme en luttant contre les abus liés à l’expansion des locations de courte durée de type Airbnb (voir chapitre 2, mesure 63) et contre l’impact des croisières (chapitre 3, mesure 276).
Réorienter la fiscalité touristique vers une politique d’accueil juste et solidaire. Affecter une part de la taxe de séjour au financement d’un accueil digne de l’ensemble des personnes présentes à Marseille, et non exclusivement à la promotion touristique.
Structurer une politique municipale de l’hospitalité dépassant le seul cadre touristique. Créer une délégation municipale à l’hospitalité chargée de coordonner une politique d’accueil globale, en lien avec un comité populaire de l’hospitalité (voir chapitre 1, mesure 8) réunissant acteurs publics, associatifs, privés et habitant·es, chargé d’évaluer les conditions d’accueil et leurs impacts sociaux, économiques et environnementaux.
Ancrer les politiques d’accueil à l’échelle des quartiers. Créer des syndicats d’hospitalité de quartier, fédérations locales des acteur·rices de l’accueil (hébergeur·euses, restaurateur·rices, guides, associations, tiers-lieux), afin de renforcer la coordination et l’action de proximité.
Professionnaliser et transformer les pratiques de l’accueil. Lancer l’École des hôtes, un programme de formation continue destiné aux professionnel·les et bénévoles de l’accueil, centré sur l’hospitalité universelle, l’accessibilité, la sobriété énergétique et la lutte contre les discriminations.
4. Relations internationales
Par son histoire, son port et ses diasporas, Marseille occupe une place singulière sur la scène internationale. Ville carrefour de la Méditerranée, elle porte une responsabilité particulière dans la défense de la paix, des droits humains et dans la lutte contre toutes les formes d’impérialisme. Cette responsabilité n’est pourtant pas pleinement assumée aujourd’hui. Le maintien du jumelage avec Haïfa constitue un symbole politique lourd, perçu par de nombreux·ses Marseillais·es comme une forme de complaisance face aux crimes en cours à Gaza, en profond décalage avec la mobilisation des habitant·es sur ce sujet.
Par ailleurs, si Marseille a développé un réseau de villes partenaires, cette politique a trop souvent été pensée comme un outil d’attractivité économique ou touristique. Elle relève parfois davantage de l’affichage diplomatique que de la solidarité concrète. La coopération internationale s’est ainsi éloignée des besoins des habitant·es et des réalités des territoires partenaires.
Nous voulons refonder la politique internationale de Marseille autour de la réciprocité, de l’utilité sociale et de liens durables entre les peuples. La ville doit aussi reconnaître la richesse des langues et des cultures portées par ses diasporas, par le soutien à des initiatives culturelles, économiques et mémorielles. C’est à ces conditions que Marseille pourra affirmer une identité internationale fidèle à son histoire populaire, méditerranéenne et solidaire.
À Gaza, le génocide qui dure depuis plus de deux ans constitue une catastrophe humanitaire, politique, juridique et morale majeure. Il interpelle la conscience de notre époque, et s’inscrit dans une histoire longue de colonisation et d’apartheid depuis 1967. Si une large partie des Marseillais·es se mobilisent sur ce sujet, leurs responsables politiques ne sont pas à la hauteur de la situation. Jean-Claude Gaudin avait noué en 2011 un partenariat avec Jérusalem, et la municipalité sortante, malgré des condamnations de principe alignées sur celles d’Emmanuel Macron, s’est abstenue de toute action concrète. Pourtant, des leviers existent et relèvent pleinement des responsabilités politiques locales.
Rompre avec toute caution politique apportée à la guerre menée contre le peuple palestinien, en mettant fin au jumelage de Marseille avec la ville israélienne d’Haïfa. En effet, Haïfa coopère à l’effort de guerre et légitime les crimes commis par l’État d’Israël contre le peuple palestinien. Mettre également fin à l’accord de partenariat avec Jérusalem.
Affirmer un engagement municipal clair en faveur d’une paix juste et durable en Palestine. Faire adopter par le conseil municipal une motion appelant à la paix durable à Gaza et en Cisjordanie, à la fin de l’apartheid en Cisjordanie et à Jérusalem Est, et à la levée du blocus de Gaza.
Refuser toute complicité avec l’économie de guerre. Dénoncer et rompre les accords économiques avec les ports méditerranéens et internationaux qui collaborent à la livraison de l’industrie de l’armement.
Aligner la commande publique municipale sur le respect du droit international et des droits humains. S’engager à vérifier l’origine des produits et services achetés par la Ville et à exclure des marchés publics les entreprises impliquées dans la colonisation ou dans des violations graves des droits humains, notamment dans les territoires occupés.
Marseille a toujours été traversée par les grandes fractures du monde : guerres, colonisation, exils, et résistances. Cette histoire lui confère une responsabilité politique particulière face aux conflits contemporains et aux logiques impérialistes qui les nourrissent. Nous affirmons la nécessité d’un cap clair : faire de Marseille une ville qui assume un engagement politique en faveur du droit international et des peuples opprimés, en cohérence avec son histoire, son territoire, et les aspirations de celles et ceux qui y vivent.
Inscrire la paix au cœur de l’espace public marseillais en créant un monument en hommage aux tirailleurs sénégalais en révolte et aux fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale, symbole du refus de la guerre et du militarisme. Lancer un Forum marseillais pour la paix réunissant citoyen·nes, chercheur·euses et acteur·rices des sociétés civiles affectées par les conflits.
Refonder les coopérations internationales de Marseille autour de la solidarité et des droits humains. Renforcer le budget de la coopération décentralisée, créer un fonds municipal d’urgence pour les crises humanitaires et adopter une charte éthique excluant toute coopération avec des régimes violant le droit international. Cette politique s’appuiera sur un comité populaire de la coopération internationale associant citoyen·nes, associations, chercheur·euses et élu·es, afin de relier les diasporas locales aux engagements internationaux de la Ville.
Développer des coopérations internationales fondées sur la paix et les droits des peuples. Ces partenariats seront rendus concrets par des échanges éducatifs, culturels, des associations de jeunesse, des formations d’apprenti∙es notamment entre établissements scolaires et structures culturelles.
Refuser l’implantation et le développement d’industries de l’armement sur le territoire municipal, en utilisant l’ensemble des leviers dont dispose la Ville (urbanisme, foncier, commandes publiques, partenariats).
Ville portuaire et méditerranéenne, Marseille s’est façonnée par les échanges, les circulations et les migrations. Son histoire, son port et ses diasporas lui confèrent une place singulière dans l’espace méditerranéen. Cette position est aujourd’hui fragilisée par des politiques économiques, environnementales et culturelles qui privilégient la concurrence et l’attractivité à court terme, au détriment de l’intérêt général. Face à ce constat, Marseille doit pleinement assumer sa vocation méditerranéenne et redevenir un espace de coopération, de solidarité et de développement partagé entre les deux rives.
Replacer Marseille au cœur de la Méditerranée : relancer l’allianceMarseille–Gênes–Barcelone et renforcer les coopérations avec les grandes villes méditerranéennes (Alger, Tunis, Naples, etc.). Créer une Ligue euro-méditerranéenne des ports solidaires pour lutter contre la pollution maritime et encadrer le développement des croisières.
Construire une coopération économique utile et solidaire, en organisant un Sommet économique méditerranéen annuel. Il réunira collectivités, société civile et acteurs économiques autour de la transition écologique, de l’eau, des mobilités et du tourisme durable. Appliquer pleinement la loi Oudin-Santini qui octroie 1% du budget des collectivités pour financer des projets de solidarité sur l’accès à l’eau.
Protéger la Méditerranée face au dérèglement climatique. Créer un réseau méditerranéen de protection de la mer contre les pollutions, développer des aires marines protégées en haute mer et porter des normes écologiques ambitieuses sur le transport maritime.
Investir dans la jeunesse et les coopérations scientifiques. Augmenter le nombre de jeunes Marseillais·es en échanges internationaux ou stages, en priorité dans les quartiers populaires. Renforcer les coopérations universitaires et scientifiques à l’échelle méditerranéenne.
Faire vivre les cultures et les diasporas méditerranéennes, en créant une Université populaire des cultures et langues méditerranéennes, avec cours, événements culturels et rencontres des diasporas.
